L’amour comme vocation

L’amour comme vocation

 

La première fois que Zohra a rencontré SOS Villages d’Enfants, ce fut par le biais d’une coupure de journal.

« Mais en fait j’ai le sentiment que ma vie avec les enfants a été décidée bien avant, m’explique-t-elle.

Je crois que cela a commencé lorsque ma grande sœur a laissé son bébé d’à peine quelques mois à la maison, chez mes parents. Elle venait de divorcer et ne pouvait pas s’en occuper. »

La jeune Zohra âgée de 14 ans à l’époque, a vite remarqué la différence entre ce bébé et ses autres neveux. « Les autres enfants interagissaient facilement avec leur entourage, souriaient, pleuraient ou tapaient des mains… la fille de ma sœur en comparaison était très calme, elle semblait moins présente. »

Zohra comprit vite que ce calme et ce manque d’interactions cachaient une blessure indélébile, due très probablement au manque de ses parents.

« Cela m’a tellement touchée que j’ai décidé d’avoir une relation privilégiée avec cette petite fille. Je suis devenue comme une deuxième maman pour elle et je lui ai donné tout l’amour dont elle avait besoin pour se construire. »

Lorsqu’elle atteint ses 17 ans, la jeune femme en est convaincue : elle veut donner de l’affection aux enfants qui en manquent.

« J’ai commencé par rendre visite aux enfants dans les hôpitaux et les orphelinats. Je leur apportais des friandises, et puis surtout je passais du temps avec eux, je leur donnais ce qui leur manque cruellement, de l’attention et de l’amour. »

C’est ainsi que quelques années plus tard, lorsque Zohra a vu cette annonce dans le journal, expliquant comment devenir mère SOS, elle se dit que cet emploi était fait pour elle. Après l’entretien d’embauche, lorsqu’elle sut qu’elle était retenue, Zohra eut du mal à retenir sa joie. « Je savais que j’allais changer radicalement de vie, mais être entourée d’enfants, m’en occuper, c’était ce que je désirais le plus au monde ! »

Afin de faire de cette vocation une réalité, Zohra a suivi tout comme les autres mères SOS, une formation approfondie durant deux ans, donnant accès à un diplôme d’assistante maternelle. « Nous avons appris des matières aussi diverses que la psychologie de l’enfant, la manière de gérer un budget, ou encore celle de faire la cuisine ou de prendre soin d’un foyer ». Une fois son diplôme obtenu, Zohra a passé six mois de stage en tant que tante SOS auprès d’une mère SOS déjà expérimentée avant de pouvoir s’occuper elle-même d’enfants nouvellement accueillis.

« Je me souviens encore de la première fois où suis rentrée à la maison avec Ines* 6 ans, Rayan* 3ans et demi, Hamza* 3 ans et Ilyas* un mois ! » raconte-elle, émue.

Je savais depuis longtemps que j’allais accueillir un tout jeune bébé, l’administration m’avait prévenue. Je ne pouvais m’empêcher de me poser mille questions à son sujet : Saurais-je m’en occuper ? allais-je réussir ma mission face à ce bébé qui avait quitté sa maman si jeune ? »

Les premiers temps ne furent pas de tout repos pour Zohra. Avec les plus grands cela se passait plutôt bien mais Ilyas le bébé ne réagissait à aucun bruit, et aucun son ne sortait de sa bouche. Lorsque la pédiatre l’a vu, elle a diagnostiqué que le petit garçon pouvait avoir un problème d’audition et a demandé à Zohra de faire des examens complémentaires.

Zohra sortit dévastée de cette visite chez le médecin.

« J’avais très peur qu’Ilyas soit obligé en fin de compte d’aller en institution spécialisée. Mais une petite voix me disait, au tréfonds de moi-même, que ce problème pouvait être d’ordre psychologique et qu’en l’aimant très fort, cet enfant allait peut-être pouvoir se construire et grandir normalement. »

En attendant les résultats des examens complémentaires, Zohra entreprit alors de mettre en pratique tout ce qu’elle avait appris durant sa formation. « Je mettais toujours de la musique douce à la maison, lui faisais des bains d’eau tiède pour l’apaiser, lui donnais beaucoup de caresses et lui parlais constamment. Je l’entourais de beaucoup d’amour. »

Et le miracle survint. Un jour, Zohra fit tomber des couverts en métal sur le carrelage de la cuisine, et le petit Ilyas éclata en sanglots agressé par le vacarme que cela avait causé ! Il entendait et le manifestait clairement ! La jeune femme en pleura de joie.

Aujourd’hui Zohra a 55 ans, elle a accueilli plusieurs générations d’enfants, qu’elle a aidés à grandir pour devenir des adultes autonomes et responsables.

« Ma plus grande fierté est de les avoir accompagnés sur le chemin de la vie. »

Aujourd’hui grâce à son expérience Zohra a été mandatée par l’association pour s’occuper de deux enfants autistes dont elle a à présent la charge.

« Ce que certains appellent des « cas difficiles » ne me fait pas peur me dit-elle lorsque je lui demande de me raconter son quotidien. Au contraire, je redouble de créativité et d’efforts pour trouver la bonne manière d’approcher l’enfant. Et je ne suis pas seule. Je sais que je peux aussi compter sur l’équipe d’éducateurs, d’orthophonistes et de psychologues de l’association. Lorsque notre travail fonctionne et que l’enfant s’épanouit, alors je suis la plus heureuse. »

Merci Zohra pour tout ce que tu fais. Et chapeau bas.

* les prénoms des enfants ont été changés pour respecter leurs vies privées

 

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Posté le

28 février 2018