Un nouveau départ !

Un nouveau départ !

Les cartons étaient scellés et prêts à être chargés sur le perron de la maison. Les enfants attendaient tout excités que tout le monde soit prêt pour partir. C’est que ce mercredi, n’était pas un mercredi comme les autres.
La famille SOS de Khadija allait déménager dans un quartier de la ville, en dehors du village d’enfants SOS d’El Jadida.
C’était une grande première pour les enfants et pour Khadija elle-même, qui n’avaient vécu ensemble qu’au sein de l’espace du village.

L’idée d’intégrer des familles SOS au tissu social avait germé après plusieurs années de discussion et de réflexion sur la meilleure manière d’aider les jeunes à s’adapter à leur nouvelle vie, une fois sortis des Villages d’Enfants SOS. La décision mûrement réfléchie a donc été prise de délocaliser deux familles du village d’enfants SOS d’EL Jadida au sein de deux appartements, dans un quartier de la ville.
Khadija l’une des deux mères SOS qui a délibérément choisi de faire partie de l’aventure raconte :
« Lorsque la direction nous a soumis cette idée, je me suis portée volontaire. J’ai toujours eu une vie de quartier étant enfant avec mes parents. Je sais que cela représente beaucoup de joies simples au quotidien et un vrai filet communautaire si besoin ».

Malgré tout, Khadija a mis un peu de temps à appréhender ce changement de vie, elle qui depuis 11 ans exerçait avec cœur son métier au sein de sa maison SOS.
Comment faire une course urgente s’il n’y avait personne pour garder les enfants ? Qui appeler ? Même si elle savait que l’appartement était tout près du village, et que l’administration serait bien entendu toujours disponible pour elle, il lui fallait d’abord intégrer tous ces changements psychologiquement.
Il fallut ensuite convaincre les enfants des bienfaits que le déménagement allait apporter dans leurs vies. « Et ce ne fut pas le plus facile » se souvient Khadija en riant.

« Heureusement continue-elle, nous nous sommes préparés à l’avance. Je me rends compte aujourd’hui combien cette phase de préparation avec les enfants a été une étape clé. » Durant ces moments, Khadija a été beaucoup aidée par Nicole et Jean- Pierre des amis du village depuis de longues années.
Nicole et Jean- Pierre connaissent bien les enfants du village d’enfants SOS d’El Jadida, car ils se sont très souvent porté volontaires pour aider aux activités quotidiennes avec les enfants. Un lien fort s’est noué entre eux et le couple de retraités, à tel point que les plus petits les appellent souvent affectueusement papi et mamie.
« Nous nous sommes assis plusieurs fois autour d’une table avec Jean Pierre, Nicole et les enfants afin de discuter du projet de déménagement » Raconte Khadija. « Le point de vue extérieur de Jean Pierre et de Nicole a permis de libérer la parole des enfants. Cela a été très bénéfique. Nous avons discuté des pour et des contres du projet ainsi que des envies de chacun. Et nous sommes tous finalement tombés d’accord pour tenter l’aventure ! Nous avons d’abord effectué une première visite de reconnaissance, afin que les enfants puissent se projeter et choisir leurs chambres ! »

Puis le jour du déménagement arriva…
« Tout le monde au village s’est mobilisé pour nous aider se souvient Nicole. Les jeunes avaient le sourire et ont fait des va et vient entre le village et l’appartement toute la journée.
Il y avait une énergie des nouveaux départs raconte-elle en souriant. Comme si cette étape était une ouverture vers de nouveaux horizons, non seulement pour les deux familles qui déménageaient ce jour-là, mais également pour le village en entier. »

Les premiers jours d’excitation passés, le quotidien a pris sa place et Khadija et les enfants se sont faits petit à petit à leur nouvelle vie.
Les enfants vont toujours au village bien sûr, participer aux activités extrascolaires qui sont programmées pour eux avec les autres enfants. Khadija s’est organisée également. Lorsqu’elle a besoin de faire une course de dernière minute, elle s’arrange avec les plus grands ou y va entre midi et 14 heures à l’heure où les grands sont là pour surveiller les plus petits.
« Ce qui a le plus changé pour nous raconte Sarah 14 ans, c’est que la maison est devenue beaucoup plus calme. Il n’y plus de va et vient comme avant dans le village. On se sent vraiment « chez nous ». »
« Et puis on ne nous surnomme plus « les enfants de SOS » renchérit Noura sa grande sœur. A l’école, nous sommes comme tout le monde. »

Au-delà du stigma que pouvait porter le sceau de l’institution pour les enfants, leur nouvelle vie en dehors du village a déjà, en trois semaines à la date de notre rencontre, engendré des résultats incroyables. Plus confiants, plus mûrs et plus autonomes, les enfants sont heureux de vivre une vie « normale ».
« Je n’ai pas oublié le village ni mes amis me rassure Hicham 11 ans, lorsque nous lui demandons étonnés si la vie au village ne lui manque pas, mais je préfère vivre dans cette maison. »
Les mots clairs du petit garçon résonnent pour nous comme une confirmation des bienfaits de ce modèle pour le futur des enfants, et de la nécessité de continuer à le développer et à le pérenniser.

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Posté le

1 août 2018