Hasna Salama, mère courage

Hasna Salama, mère courage

Dans le cadre du programme de Renforcement de la Famille, SOS Villages d’Enfants Maroc propose de l’aide aux femmes, le plus souvent veuves ou célibataires, ayant des enfants à charge. Aidée par l’association et aujourd’hui parfaitement autonome, Hasna Salama est l’une d’entre elles. Rencontre…

Hasna Salama habite depuis toujours dans un bidonville de Sidi Moumen, à Casablanca. En 2012, la mort subite de son mari s’abat sur la famille et la plonge dans un abime de responsabilités. Cette mère de quatre enfants se retrouve alors seule et démunie, avec en poche un niveau d’étude se limitant au primaire et des savoirs minimes en couture.
Cette situation, Salama la vit difficilement, mais dignement, résolue à accepter son triste sort. Elle-même a connu un destin tristement similaire. Orpheline à neuf ans, elle a dû faire l’impasse sur les études afin de soutenir sa mère, veuve à la santé fragile. Hasna part alors, enfant, travailler trois années dans une famille, avant d’être embauchée dans une usine.
A la mort de son mari, Hasna, qui considère pourtant les études comme étant le passeport vers la dignité, n’a d’autre choix que d’annoncer à ses enfants les plus âgés (Fatima-Zahra et Youssef), qu’ils doivent arrêter leur scolarité pour l’aider à subvenir aux besoins de la famille.

Une rencontre qui change une vie…

C’est alors qu’une femme inconnue, que Salama n’a plus jamais revue depuis, lui recommande d’aller frapper aux portes des associations. Démunie, elle tente sa chance et se rend, sans grande conviction, à “dar al mouwaten”. Elle y fait la rencontre de Khadija, chargée de programme chez SOS Villages d’Enfants Maroc. La veuve, encore toute de blanc vêtue, lui raconte son histoire et lui livre son désespoir. La chargée de programme lui propose l’aide de l’Association, et Hasna lui donne son numéro sans y croire vraiment. Et pourtant, moins de 10 jours plus tard, Hasna Salama intégrait le programme de Renforcement de la Famille de SOS Villages d’Enfants…

L’apprentissage d’un métier

Afin que les enfants puissent poursuivre une scolarité normale, l’association les soutient en réglant les frais de leurs études et en leur procurant les cartables et fournitures scolaires. Les voici parés pour un nouveau départ… Quant à Hasna, c’est à la couture qu’elle choisit de se perfectionner.
Hasna Salama s’inscrit alors dans une école de couture, dont les frais sont en partie financés par l’association. En moins de six mois, elle acquiert une technicité lui permettant de confectionner ses propres créations. Avide de mettre en pratique ses apprentissages, Hasna confectionne ainsi des pièces uniques, avec créativité et ténacité. Son matériel ? C’est le sien : alors que l’association proposait de lui fournir deux machines à coudre, Hasna a choisi de se les acheter elle-même, grâce au fruit de son labeur…
Ses créations se retrouvent au souk hebdomadaire du mercredi et le succès est au rendez-vous : portée par le bouche-à-oreille, elle renonce à se rendre au souk et travaille désormais à domicile. Après s’être construit une solide base de clientes, elle transforme son foyer en atelier-boutique et construit une nouvelle pièce à son logement. Elle est même parvenue à s’acheter une modeste voiture d’occasion qui l’aide beaucoup dans son quotidien. Et, pour les prises de mesures et notes écrites, elle sait pouvoir compter sur l’aide de sa fille aînée, Fatima-Ezzahra…

Poursuivre une scolarité normale…

Pleine de reconnaissance et d’émotion, Fatima-Ezzahra nous livre son sentiment : « Sans SOS, je ne serais pas là aujourd’hui, je n’aurais pas réalisé tant de choses ». Elle qui était en tronc commun lors de la mort de son père a finalement pu poursuivre ses études. Des études qui auraient pu être durablement compromises par le choc émotionnel subi à la mort de son père : manque de concentration, sentiment d’incertitude, autant de séquelles qui seront progressivement réglées par les séances de coaching scolaire financées par l’association. Elle qui souffrait de trous de mémoire, parvient à gérer ses examens et son stress. Elle commence à avoir d’excellentes notes, à prendre la parole en public et à contrôler sa gestuelle trop marquée. Parmi ses matières de prédilection, Fatima-Ezzahra affectionne particulièrement la langue française. La jeune fille rêve de pouvoir s’exprimer parfaitement dans la langue de Molière. Elle prévoit de faire une école de commerce afin d’aider sa mère dans ses projets à venir. Mais en attendant, c’est au Baccalauréat qu’elle se prépare, espérant une mention lui permettant d’accéder à une bourse de la Fondation Marocaine de l’Etudiant, partenaire de SOS Villages d’Enfants.
Aujourd’hui, Hasna Salama poursuit sa formation tous les soirs entre dix-neuf et vingt et une heures. Simultanément, ses quatre enfants se rendent à leurs cours de soutien scolaire. SOS Villages d’Enfants prend en charge les frais correspondants pour deux de ses enfants, tandis qu’Hasna se charge des deux autres.

Porter, à son tour, le flambeau de la solidarité…

“Je suis la colonne vertébrale de cette maison, je me dois d’offrir une vie sereine à mes enfants” explique Hasna. Son passé douloureux n’est plus qu’un mauvais souvenir. Mais, après avoir été soutenue et aidée, elle estime aujourd’hui devoir, à son tour, porter le flambeau de la solidarité.
Hasna Salama est une femme nouvelle. Et rêve désormais en grand. Défilé de mode, fondation d’une petite association pour venir en aide aux femmes dans le même cas de figure, formation de jeunes filles à la couture, Hasna parle de ses projets à venir avec une lumière dans les yeux.
Une belle leçon de vie, de dignité et de solidarité de la part d’une mère courageuse.

Son passé douloureux n’est plus qu’un mauvais souvenir. Mais, après avoir été soutenue et aidée, elle estime aujourd’hui devoir, à son tour, porter le flambeau de la solidarité.

 

Compétences

Posté le

15 avril 2016