C’était écrit !

C’était écrit !

Les toutes premières années de sa vie, Faris les a passées dans une association. Ses premiers souvenirs sont ceux du jardin de la petite cour arrière entre « Baba Boutaher » le bénéficiaire le plus âgé qui aimait beaucoup lui raconter des histoires, et les petites Mouna et Chama qui l’avaient pris sous leur protection et l’emmenaient souvent au marché pour lui acheter des beignets. Fatiha, une éducatrice, tient aussi une place tout particulière dans son histoire, car elle s’était beaucoup occupée de lui, le nourrissant au sein en alternance avec son tout jeune bébé.

Faris fut ensuite accueilli par SOS Villages d’Enfants et y passa son enfance. Il y grandit sous le regard bienveillant et protecteur de sa mère SOS qui avait à cœur de s’occuper pleinement de lui et de lui permettre de s’épanouir entouré de ses frères et sœurs de cœur. Faris a grandi paisiblement, avec son histoire, et s’il avait perdu trace de Fatiha, il avait néanmoins gardé des liens avec son passé car Baba Boutaher venait lui rendre visite régulièrement.

A 11 ans, Faris est aujourd’hui un jeune garçon timide mais rieur, très sérieux en classe et aussi, un peu rêveur.
11 ans, c’est le début du collège et c’est aussi le moment où les enfants entament une nouvelle étape de leur vie, dans une famille d’accueil. Nous l’avons déjà évoqué dans nos éditions précédentes, ces familles d’accueil permettent aux jeunes adolescents de faire l’expérience d’une vie de famille au sein de la communauté. Ils tissent ainsi des liens avec une famille élargie et plantent des racines là où ils n’en avaient pas. En définitive, ils se créent un réseau communautaire sur lequel ils pourront compter lorsqu’ils voudront plus tard, bâtir leur vie d’adulte.

Lors d’une des visites de Baba Boutaher au village, Khadija, la chargée de suivi des familles d’accueil, lui expliqua qu’elle était à la recherche de la famille d’accueil qui conviendrait le mieux à Faris. Avant qu’elle n’ait fini de lui expliquer le projet, il lui dit, sûr de lui : « Je sais exactement quelle famille conviendrait à Faris. Il y a longtemps que je ne les ai pas vus mais je suis sûr que ce serait la famille parfaite. »
Il parlait de la famille de Fatiha bien sûr, l’ancienne nourrice de Faris !
Elle ne travaillait plus dans l’association où elle avait rencontré le petit garçon, mais Baba Boutaher avait encore ses coordonnées.

Et c’est ainsi que Khadija put faire la rencontre de Fatiha. L’entrevue fut très émouvante car l’ancienne nourrice se souvenait de Faris comme si c’était hier : « Je serai très fière d’accueillir Faris à la maison comme mes autres enfants, lui dit-elle, je ne l’ai jamais oublié. »
Lorsque Faris apprit la nouvelle il en fut surpris mais ravi ! Les retrouvailles furent très chaleureuses, surtout avec Salma la fille de Fatiha qui avait maintenant son âge, et Chama et Mounia les grandes sœurs de la famille, dont il se souvenait très bien.

L’acclimatation des enfants à leur famille d’accueil se fait toujours en douceur. Ce n’est que lorsque l’adolescent décide qu’il se sent bien en compagnie de la famille, après une série de placements progressifs durant une année, que son placement devient finalement effectif.
C’est ce qui s’est passé pour Faris qui commença par rendre visite à Mama Fatiha et à sa famille durant les week-ends et les vacances.

« J’aime ma famille SOS de tout mon cœur, explique-il dit lorsque nous lui demandons si sa mère et sa fratrie SOS ne vont pas lui manquer. Mais chez Mama Fatiha il y a plein de choses que je peux faire et qui sont impossibles au village ! D’abord je peux me connecter sur le PC quand je veux et je n’ai pas besoin d’attendre l’heure d’informatique hebdomadaire au village pour faire mes recherches pour l’école. Et puis je me suis fait plein d’amis dans le quartier avec lesquels je peux jouer en attendant l’heure du diner. Walid est devenu mon meilleur ami. Il a un vélo qu’il me prête et avec lequel je peux aller jusqu’au hammam au bout de la rue !

J’ai aussi découvert beaucoup d’endroits avec ma nouvelle famille ! Des endroits que je n’avais jamais vus, comme la Menara par exemple, ou le souk de Jamaa el Fna où je regarde les singes jouer et les charmeurs de serpents.
Et surtout pour la première fois de ma vie j’ai une grand-mère et un grand père, et aussi beaucoup de tantes et d’oncles. Une grande famille. Le week-end ce que je préfère c’est lorsque l’on va rendre visite à khalti Khadija, la sœur de Mama Fatiha. Alae son fils a exactement le même âge que moi, et on passe tout notre temps à jouer ensemble ! »

Faris a ainsi plusieurs personnes autour de lui sur lesquelles il peut compter. D’abord Baba Boutaher, mais aussi sa mère SOS qui l’a vu grandir et s’épanouir, et ses frères et sœurs au village. Enfin il y a aujourd’hui Mama Fatiha, ses filles, et son mari, mais aussi toute une famille élargie, une grand-mère et un grand père, des oncles et des tantes, autant de racines qui lui permettent de construire son futur, bien inséré dans sa communauté.

Elargir le nombre de référents et le filet protecteur autour de lui, permet à Faris de savoir qu’il est épaulé, qu’il compte, et qu’il ne sera jamais seul pour aller de l’avant.

Nous lui souhaitons de construire une vie pleine de liens forts et vivants.

Compétences

Posté le

1 août 2018