La pâtisserie comme nouvelle ligne de vie

La pâtisserie comme nouvelle ligne de vie

 

C’est presque une femme enfant que je rencontre ce jour-là dans un snack restaurant connu de la ville.

Un petit bout de femme, menu et souriant. Aïcha* a 29 ans. Elle a une petite fille de six ans qui se prénomme Hiba*.

Depuis que son mari l’a quittée pour, disait-il « aller au bled et revenir », elle ne l’a plus jamais revu.

« Ce n’est pas faute de lui avoir téléphoné plusieurs fois, me raconte-elle avec émotion. Il ne me répondait plus. Il avait lâché la petite chambre que nous louions et lorsque je suis rentrée un soir à la maison, ma fille et moi n’avions littéralement plus de toit sur la tête. Je me suis sentie vraiment seule au monde. »

Aïcha est donc retournée à l’âge de 25 ans vivre chez les siens, chez sa grand-mère précisément, dans un douar de Tit Melil « pour être plus près de Casablanca, m’explique-t-elle, là où il y’a du travail. »

Sa famille n’a pas de grands moyens alors pour faire vivre sa fille et contribuer aux dépenses de la maisonnée, la jeune fille se retrousse les manches.

C’est ainsi qu’Aïcha passe de place en place. Elle fait des ménages. D’abord dans une usine à câble, puis dans une blanchisserie et enfin dans une pâtisserie. « Le seul moment que j’aimais c’était lorsque les pâtissières me permettaient de les aider à faire certaines préparations de gâteaux me dit-elle les yeux brillants. J’ai toujours adoré cuisiner. C’est ma mère qui m’a tout appris »

Cela n’a pas été une période facile pour la jeune femme. Après avoir obtenu son baccalauréat, Aïcha avait fait une formation de deux ans dans une école d’hôtellerie. « Mais aucun établissement hôtelier n’a voulu m’embaucher invoquant le fait que mon diplôme n’était pas un diplôme d’Etat. Je m’imaginais faire des ménages toute ma vie pour subvenir aux besoins de ma fille. Je me sentais vraiment coincée. Sans horizon. »

C’est alors que dans la pâtisserie l’une des femmes avec lesquelles Aïcha travaille lui parle des programmes de l’association pour soutenir les mères dans le besoin, élevant seules leurs enfants.

Elle l’emmène au bureau du programme de renforcement familial de Médiouna où Aïcha rencontre Khadija la chargée de programme.

« Khadija a été un soutien énorme pour moi à ce moment-là. J’avais perdu espoir dans la vie mais Khadija a été un vrai pilier. Elle m’a encouragée à me battre. »

Très vite Aïcha a pu rencontrer le coach qui organisait les ateliers professionnels pour les jeunes pris en charge par l’association, et durant leur entretien, elle lui a parlé de sa formation en hôtellerie et de son désir de travailler en cuisine ou en salle, dans un restaurant.

C’est ainsi qu’il lui a proposé d’intégrer une formation publique en alternance, en deux ans.

« Je n’en croyais vraiment pas mes oreilles! Me raconte elle, émue. Je pouvais ainsi reprendre mes études dans une filière que j’aimais, tout en travaillant pour gagner un peu d’argent et continuer à faire vivre ma fille. »

C’est ainsi que la jeune femme a commencé sa formation et qu’elle s’adapte petit à petit à sa nouvelle vie, entre les cours théoriques et la pratique dans le restaurant où je l’ai rencontrée.

Le programme de renforcement familial auquel sont inscrites Aicha et sa fille permet également à Hiba de profiter de cours de soutien scolaire et d’être inscrite aux activités parascolaires prévues pour les enfants. Mère et fille bénéficient aussi de paniers repas et leurs dépenses de santé sont prises en charge afin d’alléger la charge quotidienne qui pèse sur les épaules d’Aicha, et lui permettre de se consacrer pleinement à sa formation. L’objectif étant qu’elle soit capable par la suite de subvenir pleinement aux besoins de son foyer.

« Aujourd’hui, je me suis reprise à rêver » me dit-elle doucement.

La jeune femme se voit plus tard gravir les échelons d’un grand établissement hôtelier pour devenir, qui sait, pâtissière en chef, et régaler ses clients. Après les rudes batailles qu’elle a menées, c’est tout le bien que nous lui souhaitons.

* les prénoms ont été changés pour préserver la vie privée des familles.

 

Compétences

Posté le

28 février 2018